Pourquoi je laisse un message sans réponse alors que je l'ai déjà lu
22h15, la cuisine dans le noir, la bouilloire qui commence à chauffer. Tu lis les trois premières lignes debout et tu te dis : je répondrai après manger.
Tu fais glisser ton pouce, tu lis tout, et tu refermes avant d'avoir tapé une seule lettre. La pastille disparaît. Côté écran, c'est lu. Côté toi, rien n'est parti.
Tu reposes le téléphone à l'envers sur la table. Tu fais la vaisselle qui traînait depuis le matin, tu regardes une vidéo de quelqu'un qui répare un meuble. Et pendant ce temps, dans ta tête, tu composes la réponse. Tu la refais deux fois. Elle devient trop longue, trop réfléchie pour un mardi soir.
Ce n'est pas de la flemme, et ça me touche de le dire comme ça. C'est que ce message demande une vraie phrase : ta mère qui demande si tout va bien, quelqu'un de gentil qui attend, sans le dire, quelque chose d'aussi gentil. Tu veux le faire bien, alors tu attends d'avoir de quoi le faire bien. Et le lendemain, répondre à hier coûte plus cher qu'hier.
Ce que ça te prend, ce n'est pas le temps. C'est de porter toute la soirée un message que tu as déjà lu.
Côté écran, c'est lu. Côté toi, rien n'est parti.
Je me demandais…
Tu crois qu'on t'aimerait moins si tu répondais juste trois mots, sans les avoir préparés ?