Pourquoi je finis les phrases des autres
Quelqu'un parle en face de toi, sa phrase ralentit, et le mot est déjà sorti de ta bouche avant que la sienne se referme. Tu ne l'as pas décidé.
À table, quelqu'un cherche un nom, une date, le titre d'un film, et sa phrase reste suspendue une seconde de trop. Tu le donnes. Ça part vite, comme une main qui rattrape un verre. Parfois c'est le bon mot et la personne hoche la tête sans s'arrêter de parler. Parfois c'est le mauvais, et elle te corrige, un peu surprise que tu aies essayé. En réunion, dans un couloir, au téléphone, c'est la même vitesse.
Ce que tu combles, c'est la seconde de blanc. Elle pèse plus lourd pour toi que pour la personne en face. Tu n'as pas l'impression de couper, tu as l'impression d'aider. Et quand le mot tombe juste, il y a un petit relâchement, la preuve que tu suis, que tu es bien là avec elle. Ce que ça prend, c'est la fin qu'elle aurait choisie, elle. Son mot à elle, tu ne le connais pas.
Son mot à elle, tu ne le connais pas.
Je me demandais…
Tu croirais encore être là avec quelqu'un, si tu le laissais chercher son mot sans rien dire ?