Pourquoi je dis 'on se rappelle' en sachant que je ne le ferai pas
Le café est fini, la porte donne sur le trottoir froid. « On se rappelle », tu dis, en serrant vaguement un bras. Tu sais déjà que ton téléphone ne sonnera pas cette semaine.
Elle sort toute seule. Dans l'ascenseur quand les portes vont se fermer, sur le pas de la porte, le manteau déjà enfilé. « Faut qu'on se voie », « à charge de revanche ». Personne ne la vérifie sur le moment. Elle a la forme d'une promesse et aucun de ses os, et j'aime bien qu'on ait tous inventé le même petit mensonge poli.
Ce qu'elle évite, c'est le blanc. Le silence après le dernier mot, ou la version vraie : je ne sais pas si j'ai envie de te revoir. Elle évite aussi de trancher. Tant que tu n'as pas dit non, tu n'as rien décidé, la porte reste entrouverte et personne n'est obligé de la pousser. Ce que ça coûte est minuscule et revient souvent : à force, tu ne sais plus lesquelles de ces portes tu voulais vraiment franchir.
Elle a la forme d'une promesse et aucun de ses os.
Je me demandais…
Ça t'irait, qu'on sache exactement qui tu as envie de revoir ?