Pourquoi je réponds 'ça va' même quand ça ne va pas

9h14, un collègue passe devant ton bureau et lance « ça va ? » sans s'arrêter vraiment. Le mot est sorti avant que tu aies levé les yeux de l'écran.

Tu as répondu « ça va, et toi » plus vite que la question n'était finie. Pas un mensonge, un réflexe, le même geste que pour attraper tes clés. Le soir, au téléphone, ta mère demande la même chose et le même mot revient. Tu n'as pas eu le temps de vérifier si c'était vrai.

Il y a quelque chose qui me serre un peu là-dedans : la bouche avait déjà répondu, et toi tu n'étais pas encore arrivée.

Ce que ce mot évite, c'est la pause d'après. Expliquer debout, entre deux portes, ce qui ne va pas exactement. Voir le visage d'en face changer, gérer sa réaction en plus de la tienne. Devenir, cinq minutes, le sujet. « Ça va » te laisse invisible, et il y a des jours où c'est précisément ce que tu cherches. Ce qu'il coûte, c'est que personne ne sait, même ceux à qui tu aurais bien dit.

« Ça va » te laisse invisible, et il y a des jours où c'est précisément ce que tu cherches.

Je me demandais…

À qui tu dirais la vérité, si tu savais qu'on ne te regarderait pas autrement après ?