Pourquoi je souris quand quelqu'un me blesse

Il est 19h, tu es à table. Quelqu'un dit une phrase qui pique, et ta bouche se relève avant que tu aies senti quoi que ce soit.

La remarque arrive. Une blague sur ton poids, sur ce que tu as raté, un « je disais ça pour rire » qui ne l'était pas tout à fait. Avant que tu aies pensé quoi que ce soit, ta mâchoire se détend, les coins de ta bouche montent. La douleur arrive une seconde plus tard, en retard sur ton propre visage. Ce qui me serre, c'est la vitesse : personne ne calcule ça, ça s'est rodé quelque part, il y a longtemps.

Avec un inconnu, tu n'aurais peut-être pas souri. C'est avec les gens qui comptent que le visage fait ce travail en premier. La douleur, elle, attend que le public parte : elle revient dans le couloir, devant la machine à café, la poitrine serrée, cinq minutes trop tard. Le sourire garde la soirée intacte. Il fait aussi que personne, à table, ne saura que ça a touché. Toi comprise, certains soirs.

La douleur arrive une seconde plus tard, en retard sur ton propre visage.

Je me demandais…

Qu'est-ce qui changerait, à cette table, si ton visage montrait tout de suite que ça t'a fait mal ?